Editorial

Juin 2020

 

Un peu partout, le Covid et son cortège de confinements passent au second plan. La vie reprend, celle des cafés comme celle des affrontements tant sociaux que géopolitiques. La Chine cherche à profiter de l’inattention du monde occidental pour passer en force à Hong Kong : Pékin préfère de beaucoup les compradors comme Stanley Ho, le magnat des casinos de Macao qui vient de décéder, aux idéalistes qui rêvent de démocratie. Donald Trump en a profité pour monter au créneau et retrouver en Xi Jinping son adversaire préféré. Et puis, cela lui permet de faire diversion au moment où brulent plusieurs villes américaines avec les émeutes raciales les pires que les États-Unis aient connues depuis un demi-siècle. À peine déconfinée, la France connaît aussi les mêmes tensions.

 

         Un temps oublié le conflit sino-américain rebondit donc de plus belle, devenant un véritable choc entre deux impérialismes. L’Europe quant à elle a pris enfin de bonnes résolutions du moins si le Conseil européen du 18 juin entérine la proposition von der Leyen, ce qui n’est pas encore gagné étant donné l’opposition des « frugaux ». Et pourtant, le recul européen s’annonce beaucoup plus marqué qu’anticipé : de 8 à 12 % du PIB en 2020 a pronostiqué Christine Lagarde. Et en France, l’INSEE prépare l’opinion à un recul de 20 % du PIB au deuxième trimestre. Le monde est vraiment au creux de la vague et déjà pourtant les indices avancés des directeurs d’achat commencent à s’améliorer (tout en restant en zones négatives).

 

         Les marchés de commodités, à l’instar des bourses de valeur (le CAC est revenu dessus de 5 000…), ont pour la plupart déjà rebondi à l’image du pétrole qui, début juin était revenu à $ 36,8 pour le baril de WTI. Les hedge funds sont redevenus « longs » avec des positions nettes de 380 millions de barils sur le WTI et de 158 millions de barils pour le Brent. Les stocks commencent à diminuer et la liquidation du contrat de juin de New York s’est bien passée. La Chine a importé 13 mbj en mai et la production américaine a commencé à diminuer : les forages aux États-Unis sont au plus bas depuis 1940 : 301 nouveaux puits seulement d’après Baker Hughes (contre 683 en mai 2019). Le Venezuela continue à s’effondrer et n’a exporté que 450 000 bj en mai pour une production de 650 000 bj ; les tankers iraniens payés à prix d’or (au propre et au figuré) par Caracas ont quand même livré un peu d’essence (1,5 million de barils) au pays dont les réserves pétrolières sont les plus importantes au monde. Paradoxe de l’échec bolivarien…

 

         Le prix du baril remonte donc un peu et Morgan Stanley table sur $ 40 pour le Brent en fin d’année. Un sondage réalisé par Reuters auprès d’une quarantaine d’analystes donne un prix moyen en 2020 de $ 37.58 pour le Brent, de $ 32.78 pour le WTI. C’est plausible, mais on sait la fragilité de l’alliance russo-saoudienne malgré – ou à cause de – la bénédiction de Donald Trump.

 

         La situation est d’ailleurs bien pire, pour le gaz naturel qui réalise la plus mauvaise performance de toutes les commodités depuis la fin de l’année dernière. Le GNL sur le marché asiatique est à moins de $ 2 le mbtu. En Europe, le TTF (l’un des marchés de référence) est à moins de $ 1 moins cher que le Henry Hub (!) et certains évoquent même la possibilité de prix négatifs. La baisse est aussi sensible, quoique moins marquée pour le charbon : de $70 à $ 50 la tonne fob Australie de la mi-janvier à la mi-mai.

 

         Résultat les investissements sont partout en net recul : de $ 70 milliards pour le gaz naturel par exemple y compris pour la construction de méthaniers (un coût de $ 185 millions pièce avec des taux qui ne couvrent pas aujourd’hui les frais fixes).

 

         Le sentiment de reprise domine aussi le marché des métaux avec des « primes » importantes sur le marché chinois, à Shanghai pour le cuivre, l’aluminium et même le plomb. Mais la plus belle performance est celle du minerai de fer, au pus haut depuis août 2019, au-delà de $ 100 la tonne cf port chinois. En Yuan, sur le marché chinois, la hausse du fer est de 35 % par rapport au point bas de mars.

 

         Les marchés agricoles par contre « souffrent » de la perspective d’excellentes récoltes. Le Conseil international des Grains anticipe pour 2020-2021 un nouveau record à 2230 millions de tonnes auxquelles il faudra ajouter 502 mt de riz et 605 mt de graines oléagineuses (estimations de l’USDA) ce qui donnerait une production mondiale de « grains » de 3 337 mt, 3,3 milliards de tonnes ! Les excédents seront de retour en particulier pour le maïs et le soja, et puis aussi pour d’autres produits comme le café, le sucre, le coton et même le beurre. La « breakfast table » devrait coûter moins cher l’hiver prochain.

 

         La vie reprend donc, mais pas totalement : la célèbre semaine des métaux de Londres à l’automne (LME Week) a été annulée. Singapour peine à se remettre des faillites de quelques-unes de ses maisons de négoce locales. À nouveau, le conflit sino-américain et plus largement la scène politique américaine occupent les esprits. Et que seraient les marchés si Twitter interdisait le compte d’un certain Donald Trump !

 

Philippe Chalmin

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