Editorial

Mai 2018

 

            Le pétrole défie vraiment toutes les lois de la pesanteur ! Alors que la production américaine augmente toujours plus vite qu’on ne l’avait imaginé, les membres de l’OPEP affichent un taux de respect de leurs engagements qui laisse pantois. Les stocks diminuent et avec la menace que l’administration Trump fait peser sur l’Iran, les marchés s’enflamment, les financiers « montent au cocotier » et voilà le baril de Brent au-delà de $ 75 ! Goldman Sachs anticipe même un pic à $ 82.50 en juillet.

 

            Avec sa prévision de prix moyen du Brent à $ 60 en 2018 (à conditions géopolitiques « stables »), CyclOpe commence à faire bien pâle figure. L’analyse sous-jacente demeure pourtant valable. Deux éléments nouveaux ont joué : du côté de l’OPEP, il y a la « chance » extraordinaire que représente l’effondrement de la production du Venezuela qui touche à peine les 1,5 mbj ces derniers jours soit un million de barils/jour de moins que sa production normale. La nomination de militaires à la tête de PDVSA, l’arrestation de cadres du groupe américain Chevron, tout porte à penser que le chaos est désormais de règle au cœur même du complexe pétrolier vénézuélien. Si l’on ajoute à cela la situation en Libye et quelques problèmes en Angola, on comprendra le peu de difficultés qu’a l’OPEP à tenir ses promesses. L’autre élément, c’est bien sûr l’Iran. Dans une diatribe d’une rare violence, le premier ministre israélien a ouvert la voie à une sortie des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien. Il est très possible qu’à la mi-mai, l’Iran soit à nouveau l’objet d’un embargo et même si ses 2,6 mbj d’exportations sont diversifiées en particulier vers l’Asie, on ne peut sous-estimer l’impact de sanctions américaines comme l’a encore montré ces dernières semaines l’affaire Deripaska/Rusal. On peut estimer que le retrait américain restituerait 500 000 bj de brut iranien du marché mondial. À court terme donc, la géopolitique va une nouvelle fois conditionner le prix du pétrole et un scénario du pire peut effectivement nous pousser à $ 80. On peut d’ailleurs imaginer que Trump puisse céder d’autant plus aux sirènes des faucons de la Maison-Blanche (Bolton, Navarro…) que ceci fait remonter le prix du pétrole dans les « oil belts » dont le vote républicain est crucial pour les élections de novembre prochain. Au-delà, la rechute ne serait que plus forte tant le robinet du « shale oil » est grand ouvert. À moyen terme et sauf crise géopolitique encore plus marquée, l’abondance pétrolière devrait régner et ramener les prix vers $ 50 le baril.

 

            Mais bien sûr, avec Donald Trump, l’imprévisible est la règle et ce d’autant plus qu’il utilise admirablement le véritable « droit de seigneuriage » dont disposent les États-Unis sur les marchés mondiaux : qu’il s’agisse du soja ou de l’aluminium, de l’acier ou du sucre, du dollar, du sorgho ou des marchés dérivés, la puissance de feu américaine n’a aucun équivalent et il suffit de voir l’UE, la Corée du Sud et même indirectement la Russie aller à Canossa sur les dossiers de l’acier et de l’aluminium pour en prendre conscience.

 

           Un dernier point enfin, plus en phase avec les prévisions CyclOpe : la remontée du dollar liée à la hausse des taux courts et surtout longs : un facteur baissier sur des marchés peut-être trop optimistes. Nous en parlerons à l’occasion du lancement du trente-deuxième rapport CyclOpe, le 16 mai prochain.

 

Philippe Chalmin

 

 

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