Editorial

Novembre 2019

 

         L’annonce est passée presque inaperçue. Le Chili s’est désisté de l’organisation tant de la COP25 que du sommet de l’APEC qui devaient se succéder en novembre et décembre à Santiago. Il est vrai que la capitale chilienne est la proie de manifestations violemment réprimées par une police qui semble retrouver les réflexes de l’époque des généraux. Le bon élève des « Chicago boys », le premier pays d’Amérique du Sud à rejoindre l’OCDE, celui qui avait si bien géré la rente du cuivre et commencé à diversifier son économie, le Chili ne parvient plus à maintenir sa cohésion sociale alors que les inégalités augmentent. Certes, la situation est pire au Brésil, en Argentine (avec le retour des péronistes), en Équateur, en Bolivie et bien sûr au Venezuela. Mais le Chili, c’était la belle exception démocratique, la réussite du libéralisme économique mâtiné quand même de social-démocratie. Le modèle chilien s’est heurté à la réalité d’une mondialisation qui ne pardonne pas aux faibles. L’émergence n’est pas un long fleuve tranquille.

 

         Y aura-t-il une COP 25 ? On se prend à rêver qu’il n’y en ait pas. Il n’y a rien à célébrer dans cet anniversaire et on pourra passer directement à la COP26 à Glasgow. Au moins, cela réduira d’autant la trace carbone de ces inutiles « jamborees » environnementaux.

 

         Il faudra par contre un sommet de l’APEC pour permettre au moins à Donald et Xi de se rencontrer et d’arriver enfin à cette paix des braves qui devient de plus en plus probable. On ne sait s’il y a eu vraiment un « deal » à Washington, mais Donald Trump aime à le laisser croire. Le dernier obstacle serait le montant des achats chinois de produits agricoles américains : $ 40 à $ 50 milliards par an, soit deux fois plus qu’en 2017. Les Chinois y mettent de la bonne volonté, mais même en tenant compte de leurs besoins en viande porcine (du fait de la fièvre porcine africaine), ils auront bien du mal à y arriver. Mais le ralentissement manifeste de la croissance chinoise (+ 6 % au troisième trimestre, le bas de la fourchette de Li Keqiang), le ralentissement américain aussi (malgré la compréhension de la Fed) devrait pousser nos antagonistes à trouver un terrain d’entente. Donald Trump a de toute manière trouvé en Europe des camarades de jeu beaucoup moins pugnaces.

 

         Car de l’Europe, il y a de quoi désespérer. Toujours pas de Commission Van der Leyen du fait de l’imbroglio Goulard ; un Brexit repoussé de trois mois et suspendu à d’improbables élections britanniques ; des dossiers en panne à commencer par celui de la PAC que va découvrir un commissaire polonais sans expérience ; un veto français inquiétant dans les Balkans pour l’Albanie et surtout pour la malheureuse Macédoine du Nord dont le changement de nom ne lui aura rien apporté.

 

         Au plan international, les États-Unis se sont un peu plus décrédibilisés en abandonnant les Kurdes et en laissant la place libre aux Turcs, aux Russes et aux Iraniens. Beyrouth peut gronder, mais le sort des peuples tampons qu’ils soient Libanais, Arméniens ou Kurdes est bien rarement heureux. Et il vaut mieux sourire de l’idée de Donald Trump d’envoyer Exxon ou Chevron exploiter les pétroles de Syrie. Rosneft le fera beaucoup mieux et se paiera en… euros !

 

         Le marché le plus agité a été ces dernières semaines celui du fret pétrolier. Avec la mise en place des nouvelles normes IMO du 1er janvier 2020 et les sanctions américaines sur un armement chinois, plus de 10 % de la flotte mondiale de VLCC se trouve immobilisée au moment même où les États-Unis augmentent leurs exportations en particulier vers la Chine. Au plus haut, il en a coûté $ 20 millions pour affréter un VLCC de 2 millions de barils du golfe du Mexique à l’Asie du Nord, soit $ 10 le baril pour le seul fret.

 

         Ceci n’arrange guère un marché du pétrole toujours marqué au coin des excédents avec le retour en production beaucoup plus rapide que prévu de l’Arabie Saoudite. En toute logique, à Vienne en décembre, l’OPEP+ devrait s’engager vers de nouvelles réductions de son quota. Mais il n’est pas certain que cela soit supportable pour nombre de ses membres, à commencer par l’Arabie Saoudite elle-même. Et puis, il faut tenir compte de la concurrence du gaz naturel alors que les cours du GNL ont à peine marqué ce qui aurait dû être leur pic hivernal.

 

         Enfin, alors que le marché automobile mondial souffre, le destin des métaux qui lui sont liés est singulièrement contrasté : le palladium (pots catalytiques de véhicules à essence) n’a jamais été aussi cher ; le platine (les pots du diesel) est au plus bas ; le cobalt a rebondi nettement à l’annonce de la fermeture de la mine de Mutanda au Congo par Glencore ; le lithium ne bouge guère et le nickel enfin profite de l’embargo indonésien quoique l’on s’inquiète aussi de la disparition de certains stocks.

 

         En ce qui concerne l’agriculture, il y a certes quelques contretemps climatiques de l’Australie à l’Amérique du Sud et même aux États-Unis, mais cela n’est pas suffisant pour diminuer les excédents qui pèsent sur le café, le coton, le sucre et même les grains.

 

         On comprend que les fonds se détournent des dérivés sur commodités, ce qui rajoute aux doutes et incertitudes géopolitiques.

 

         « Les sanglots longs de violons de l’automne… »

 

Philippe Chalmin

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