Editorial

Juillet-Août 2019

 

         Réunis au Japon à la fin juin, les dirigeants de la planète n’ont pu que constater leur impuissance à régler les dossiers et les contentieux qui empoisonnent les relations politiques et économiques mondiales.

 

         Le dossier iranien continue à évoluer au bord de l’abîme : Donald Trump a renoncé à la dernière minute à une frappe de rétorsion après la destruction d’un drone américain. Mais l’Iran a franchi les limites de l’accord nucléaire de 2015. Et puis alors qu’un pétrolier iranien était arraisonné au large de Gibraltar par la marine britannique, la Chine prenait livraison de pétrole iranien… À ce compte, le marché du pétrole reste bien « calme », toujours autour de $ 65 le baril de Brent, l’objectif quasiment officiel du duopole Arabie Saoudite–Russie qui – de facto – a pris le contrôle de l’OPEP+. En ce début d’été 2019, en tout cas, on ne voit pas clairement quelle pourrait être la porte de sortie honorable pour les États-Unis et l’Iran qui favoriserait une désescalade dont d’un côté comme de l’autre les « faucons » ne veulent pas. Les chances en tout cas d’une médiation européenne sont bien faibles.

 

         Le dossier États-Unis–Chine paraît de ce point de vue plus raisonnable. Une « trêve » a été décidée au Japon et les discussions vont donc reprendre. L’hypothèse d’une « paix des braves » reste la plus probable. Les États-Unis ont ainsi assoupli leur position sur le dossier Huawei en autorisant les fournisseurs américains du chinois à reprendre leurs relations commerciales « non stratégiques ». Et symboliquement, les achats chinois de soja américain ont repris alors même que, du fait de la peste porcine africaine, les besoins de la Chine diminuent. Les deux parties ont besoin d’un accord, mais ne peuvent perdre la face et cela d’autant plus pour la Chine que Xi Jinping vient de subir un revers humiliant à Hong Kong.

 

         Mais les États-Unis ont d’autres fers au feu : si en Amérique du Nord, les derniers obstacles à l’USMCA semblent avoir été levés après une dernière escarmouche avec le Mexique, par contre l’Inde a ouvert un nouveau front en mettant en place des taxes sur quelques produits américains symboliques comme les amandes et les noisettes… La France est allée plus loin avec sa désormais célèbre taxe sur les GAFA qui a entraîné une réaction immédiate des États-Unis dans le cadre de la « section 301 » du Trade Act. C’est là une première qu’il ne faut pas traiter à la légère comme un vulgaire tweet présidentiel.

 

         L’Europe doit de toute manière se préparer à la « sollicitude » américaine dans les mois à venir d’une campagne présidentielle dont pour l’instant Donald Trump reste l’immense favori, soutenu par une croissance économique qui reste forte comme le montrent encore les créations d’emploi des mois de mai et juin. En Europe, le « mercato » a été bien difficile, a donné des résultats surprenants dont il reste à tester l’efficacité tant en ce qui concerne un Brexit qui semble désormais inéluctable (avec Boris Johnson ?) que justement face aux États-Unis. L’ultime « cadeau » de la Commission Juncker aura été un accord UE-Mercosur dont l’agriculture a été une fois de plus la malheureuse variable d’ajustement. Pour obtenir, in extremis, l’accord sud-américain, Bruxelles a manifestement lâché sur plusieurs concessions agricoles qui peuvent remettre en cause le fragile équilibre de certains marchés européens. Il faudra en tout cas s’en souvenir à l’automne lorsque reviendra le dossier de la Politique agricole commune dont devraient s’alourdir encore les contraintes environnementales.

 

        Le prochain rendez-vous des puissants de ce monde aura lieu à Biarritz fin août. À la vérité, le G7 ne réunit que les dirigeants d’un monde occidental quelque peu assiégé. Ni Poutine, qui tire bien des ficelles au Moyen-Orient, ni Modi et Xi ne sont invités et il faudra tout l’art des diplomates français pour obtenir un communiqué final portant le paraphe américain (en 2018, cela n’avait pas été le cas au Canada).

 

         Entre-temps, l’été offrira très probablement son lot d’imprévus et de crises estivales : en 2018, on avait eu l’Argentine et la Turquie. Pour 2019, le Brésil pourrait être un bon candidat. Du côté des marchés, l’incertitude pétrolière demeure tout comme quelques inquiétudes agricoles en Amérique du Nord et puis bien sûr, la situation porcine en Chine et plus largement en Asie. Les marchés des minerais et métaux sont plus chaotiques avec deux « indicateurs » à surveiller aux extrêmes de l’échiquier des valeurs : le minerai de fer et l’or : le minerai de fer au plus haut et qui, au-delà des problèmes de production au Brésil et en Australie, est un bon indicateur de la santé de l’économie chinoise, et puis l’or, la « relique barbare », qui se nourrit des tensions mondiales.

 

         Rendez-vous donc dans quelques semaines dans un Pays basque qui sera pour quelques jours le centre du monde comme lorsqu’au XIXe siècle, Bismarck ou la reine Victoria venaient y villégiature.

 

Philippe Chalmin

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