Editorial

Novembre 2018

 

Il y a un mois, CyclOpe se lamentait sur ses prévisions pétrolières du début de l’année. Le marché était alors à plus de $ 85 pour le baril de Brent et les paris étaient ouverts sur le moment où la barre des $ 100 serait franchie. Voilà qu’aujourd’hui nous sommes à $ 70 et la prévision de CyclOpe ($ 60) redevient d’actualité au moins pour le début de 2019.

 

             Comment expliquer pareil retournement ? Il y a eu l’affaire Kashoggi qui a fragilisé l’Arabie Saoudite vis-à-vis des États-Unis et l’a incitée à obtempérer aux tweets trumpiens en poussant les feux de sa production et de ses exportations. Il y a eu aussi des chiffres de production américaine supérieurs aux attentes. En ce début d’automne, en fait l’Arabie Saoudite, Russie et États-Unis ont battu des records de production et ont plus que compensé le million de barils-jour perdu du côté des exportations iraniennes. Et puis, que dire de la décision de Washington d’accorder à huit pays des dérogations pour leurs importations de pétrole iranien. Pendant six mois au moins, l’Iran est assuré de vendre à peu près 2 mbj et c’est cela que le marché a retenu. Les fonds ont changé de position et les « bulls » sont devenus des « bears ». On parle maintenant de marché excédentaire et l’OPEP+ commence à se lézarder. La suite à Vienne le 5 décembre. Mais l’Arabie Saoudite a déjà annoncé qu’elle allait réduire ses exportations de 500 000 bj en décembre.

 

             Les élections américaines passées, il va falloir reprendre le fil d’une diplomatie américaine plus brouillonne que jamais et traiter en particulier du dossier chinois qui n’a guère bougé depuis les dernières sanctions. Un éditorial du Financial Times comparait la lutte États-Unis/Chine à cette longue guerre qui dans la Grèce antique vit s’opposer Sparte et Athènes et dont en réalité personne ne sortit vainqueur. Mais il n’est pas sûr que ni Donald Trump ni Xi Jinping aient lu Thucyde…

 

             Enfin, remarquons qu’en cet automne 2018, un certain vent de pessimisme – un peu fondé à notre sens – souffle sur le monde : surchauffe et retournement aux États-Unis (et récession en 2020), ralentissement en Chine, crise européenne, doutes chez les émergents… 2019 pourrait être le moment tant du haut du cycle que du retournement. À suivre.

 

Philippe Chalmin

 

 

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