Editorial

Juin 2019

 

            Donald Trump est un véritable artiste. On le sait lorsque l’attention du public commence à tomber, l’artiste en scène doit changer de ton, moduler sa voix en modifier l’inflexion quitte à chuchoter avant que brutalement de réveiller l’auditoire par un accès de fureur bien simulé.

 

            C’est exactement la stratégie trumpienne sur quelques-uns des dossiers qui intéressent CyclOpe.

            À propos de l’Iran, alors qu’un porte-avions et une escadrille de B52 croisent dans le Golfe à la suite des attaques contre des tankers au large de Fujairah et que les sanctions à l’encontre des derniers partenaires économiques de l’Iran se font plus précises, Donald Trump déclare à Tokyo qu’il ne souhaite pas la chute du régime islamique et il donne à Shinzo Abe un blanc-seing de négociateur avec l’Iran. Les marchés apprécient et, à $ 70 le baril, minimisent – peut-être à tort – le risque politique moyen-oriental.

 

            Même scénario à propos de la Corée du Nord et les Sud-Coréens ont quand même du s’étrangler en écoutant l’éloge par Donald Trump du « jeune » Kim.

            Les choses sont plus complexes avec la Chine et là Trump pratique un « en même temps » très macronien. Jamais, en effet, les tensions n’ont été aussi fortes entre la Chine et les États-Unis et le conflit a changé de dimension avec « l’affaire Huawei ».La Chine a réagi en faisant sentir à son adversaire que son véritable talon d’Achille en ce qui concerne les nouvelles technologies se trouvait dans les terres rares. Le soja est passé au second plan même si l’USDA a dégagé $ 16 milliards pour aider à nouveau les « farmers ». Les négociations sont bloquées au moins jusqu’au sommet du G20 au Japon à la fin juin. Néanmoins, Donald Trump affiche tout son optimisme quant à la conclusion favorable d’un accord avec la Chine qui a quand même réagi avec de nouvelles taxes et un léger asticotage à propos de Fedex.

 

           Avec ses voisins canadiens et mexicains, d’un côté il finit par lever les taxes qui frappaient acier et aluminium, mais de l’autre, il s’engage dans un bras de fer avec le président mexicain Obrador (AMLO) en mettant en place des taxes de 5 % pouvant aller à 25 % sur les exportations mexicaines si le Mexique ne limite pas l’immigration sauvage. Au même moment, il lève aussi les droits supplémentaires qui touchaient les exportations d’acier de la Turquie d’Erdogan.

 

           Enfin, en ce qui concerne l’Europe, il doit être – comme nous tous – en train de chercher quels seront ses interlocuteurs à partir de l’automne 2019 et il n’est pas certain que Steve Banon lui soit en la matière d’une très grande aide. À tout hasard, il a levé les menaces de sanction sur les automobiles européennes pour quelques mois. Mais la menace demeure et il a placé huit pays sous surveillance, dont l’Allemagne et l’Italie pour des manipulations de change. Début juin, il sera sur les plages de Normandie pour célébrer les 75 ans du « D. Day ». Ce sera peut-être l’occasion de quelques tweets illustrant sa « formidable présence » et pour rajouter un peu d’huile sur le feu du Brexit en faisant en l’éloge de Nigel Farage et de Boris Johnson.

 

           Notre artiste, on le voit, à la capacité d’occuper en même temps plusieurs scènes. Il a la chance de n’avoir en face de lui de quelques « amateurs » démocrates et d’être soutenu par un public qui apprécie une performance économique de qualité (3 % de croissance, 3,6 % de chômage) fondée sur la puissance de la nouvelle économie et sur la révolution des pétroles et gaz de schiste.

 

           Il reste bien sûr à écrire la suite : la raison pousserait à une « paix des braves » avec la Chine, à une pause dans l’escalade avec l’Iran, à l’ouverture par contre de nouveaux « fronts » et pourquoi pas vers ce véritable « ventre mou » qu’est devenue l’Europe. Mais n’en doutons pas, Donald Trump est capable de surprendre le monde…

 

           Il peut paraître excessif en tout cas de se focaliser ainsi sur le seul Donald Trump. Mais l’impact du moindre tweet trumpien sur les marchés du pétrole et du gaz, du soja et du porc, de l’acier et des terres rares (liste bien sûr non limitative) sont tels que l’on se doit de lui donner la primeur de notre attention.

 

           Pour le reste, le contraste est grand entre des marchés des métaux en proie au doute malgré des fondamentaux bien orientés à l’image du cuivre et des marchés agricoles croulants sous les perspectives de récoltes historiques et que seule la peste porcine africaine en Chine et dans le reste de l’Asie vient un peu – beaucoup même – perturber.

 

            En conclusion, quelques chiffres : 70, 8, 100, 111, 120. Non pas une grille de loto, mais :

  • $ 70 le baril de Brent, prix moyen au mois de mai et la preuve que les marchés ne « pricent » pas le risque politique au Moyen-Orient.
  • $ 8 le boisseau de soja, à la baisse, à la suite de l’aggravation de la guerre sino-américaine.
  • $ 100 la tonne de minerai de fer, à la hausse à la suite des accidents brésiliens et du record de production d’acier en Chine.
  • $ 111 millions un tableau de Monet vendu à New York, vedette d’une semaine de ventes qui a dégagé au total plus de $ 1.5 milliard
  • € 120 millions le prix minimal du transfert du footballeur français Griezmann de l’Atletico de Madrid à Barcelone. Mais là, il y a peut-être d’autres records à attendre du prochain « mercato ».

            L’art et le football, deux des rares domaines qui restent à l’écart de nos préoccupations trumpiennes !

 

Philippe Chalmin

> Abonnez vous à la synthèse mensuelle