Editorial

Avril 2019

 

            Le destin d’une bulle c’est d’éclater un jour. Mais justement, on n’en sait jamais ni le jour ni l’heure ! La formation des bulles sur les marchés est un phénomène qui fascine tant les économistes que les psychologues puisqu’il s’agit d’un subtil mélange de rationalité (la logique des fondamentaux) et d’irrationnel frôlant parfois la folie. La référence en la matière est bien sûr la bulle sur le marché des bulbes de tulipes à Amsterdam en 1637. Mais plus récemment, les plus anciens des lecteurs de CyclOpe peuvent se souvenir du sucre en 1974 lorsque la livre de sucre brut culmina en novembre à 65 cents alors qu’elle valait 2 cents cinq ans plus tôt.

 

             Les marchés viennent de nous offrir quelques bulles : deux ont éclaté et une dernière en présente tous les symptômes. Il y eut d’abord le cobalt porté par les perspectives des batteries électriques et par l’instabilité chronique de la République démocratique du Congo. Pendant quelques mois, le cobalt a fait rêver avant que l’on découvre qu’il était au fond plus abondant qu’on ne le pensait et surtout que l’on pourrait limiter son utilisation dans les batteries. Le cobalt a perdu deux tiers de sa valeur en un an. La chute du bitcoin a été encore plus spectaculaire, mais là, il n’y avait rien de bien surprenant tant le « produit » lui-même présentait d’ambiguïté.

 

           Et en mars 2019, c’est peut-être la bulle du palladium qui a éclaté. Le palladium, surfant sur la vague du diesel, avait dépassé l’or pour devenir presque le métal le plus cher de l’univers. $ 1 300, 1 400, 1 500, 1 600 même, l’once de palladium semblait n’avoir pas de limites sur un marché que l’on annonçait fortement déficitaire encore en 2019. Mais voilà, il y eut un soir et un matin le marché s’est retourné. À ces prix, le platine devenait une alternative possible et puis il n’était pas mauvais de prendre ses bénéfices.

 

           Sur des marchés dérivés dont les principaux acteurs électroniques obéissent à des algorithmes désincarnés, il est au fond assez rassurant de constater que l’humain, avec ses sentiments et ses passions, joue encore un rôle central..

 

           Mais à côté de ces bulles, la conjoncture actuelle est bien morose pour des produits comme le café, le sucre ou le caoutchouc.

 

           Sur le front géopolitique, les dernières semaines n’ont rien apporté de déterminant. Les négociations entre les États-Unis et la Chine s’éternisent même si on les dit « bouclées » à 90 %. L’attention se concentre sur l’Iran qui bénéficie maintenant d’une « sollicitude » américaine toute particulière. Et puis un nouveau front s’est ouvert avec le Mexique qui pourrait avoir des conséquences importantes en matière agricole.

 

           Enfin, il faut prendre en compte l’épidémie de fièvre qui touche l’élevage porcin en Chine et qui commence à prendre des proportions inquiétantes. À un moment où justement la Chine commence à donner des signes économiques un peu plus rassurants.

 

           Le trente-troisième rapport CyclOpe est presque achevé. Nous donnons rendez-vous aux amis de CyclOpe le 15 mai 2019 à Paris pour le traditionnel colloque autour de ces « Illusions perdues », celles des bulles et toutes les autres.

 

Philippe Chalmin

 

 

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