Editorial

Avril 2020

 

Le coronavirus a frappé et le monde est entré dans sa pire crise économique depuis la Seconde Guerre mondiale. Pour l’instant, la pandémie (mesurée en nombre de décès) reste faible quand on la compare aux grands précédents historiques des grippes espagnoles (1918-1919) ou asiatiques (1956-1957). Mais à l’heure de la mondialisation, elle a touché la planète entière et provoqué des réactions sans équivalent dans l’histoire : plus de la moitié de la population de la planète est confinée, avions et voitures sont à l’arrêt, l’activité de la planète va probablement plonger de 10 % au deuxième trimestre 2020.

 

         Dans ce contexte, le contre-choc pétrolier déclenché début mars pour l’Arabie saoudite est presque secondaire et il a été emporté par la baisse spectaculaire de la consommation mondiale de pétrole.

 

         Le pétrole est sans conteste la commodité qui a payé le plus lourd tribut à la crise et il le doit en partie à l’inconséquence d’un MBS plus imprévisible que jamais. Sur les autres marchés, la tendance était de toute manière à la baisse (comme l’indiquaient des prévisions de CyclOpe de janvier 2020 désormais bien dépassées). Le mouvement s’est accentué pour toutes les matières premières industrielles, la plus touchée étant le coton (avec la panne des filières textiles et la concurrence des synthétiques) mais cela a été aussi le cas, dans des proportions au fond « logiques » pour la plupart des métaux, certains même commençant ces dernières semaines à jouer un rebond de la demande chinoise. Cela a été surtout le cas du minerai de fer qui a fait preuve tout au long de ces semaines de crise d’une remarquable résilience.

 

         Les marchés agricoles ont par contre « souffert » d’excellentes perspectives de récolte et de la disparition de débouchés énergétiques qui ont fait par exemple rechuter les prix du sucre. Par contre, la « peur de manquer » qui touche tant les ménages que les États importateurs ainsi que des soucis logistiques liés aux confinements ont provoqué la hausse de produits comme le blé et du riz, hausse alimentée par des restrictions à l’exportation décidées au Vietnam, en Ukraine ou en Russie.

 

         En ces temps étranges de repli et de mise en parenthèse de la mondialisation, les États, sans grande coordination, ont fait assaut de plans de relance en particulier aux États-Unis, année électorale (Trump versus Biden) oblige. Néanmoins, le dollar est resté ferme et s’est même apprécié.

 

         Pour l’équipe de CyclOpe, ce temps de confinement est marqué d’une intense activité. Le rapport CyclOpe 2020, qui devait être publié le 12 mai, le sera finalement le 9 juin. Il intégrera un long chapitre introductif actualisant l’ensemble de nos données et analyses au 1er mai. Par contre, nous ne savons s’il sera possible d’organiser notre traditionnel colloque. Les adhérents de CyclOpe reçoivent depuis le 21 mars une « Lettre de CyclOpe » hebdomadaire dont la publication sera poursuivie au moins jusqu’à la fin du confinement en France. En revanche, la synthèse mensuelle est allégée et la prochaine sera publiée fin mai.

 

         Le coronavirus a déjà fait une victime parmi les proches de CyclOpe : Carole Brookins, grande amie américaine et membre du Cercle CyclOpe après une longue carrière agricole aux États-Unis, nous a quittés le 22 mars. C’est une peine immense pour tous ceux qui l’ont connue et appréciée.

 

         En ces temps difficiles qu’il me soit permis de remercier encore tous ceux qui soutiennent CyclOpe, tant par leur adhésion au Cercle que par leur aide à la publication du rapport Cyclope 2020 (le trente-quatrième). Take care !

 

Philippe Chalmin

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