Editorial

Octobre 2018

 

             La prévision est comme chacun le sait un art difficile « surtout lorsqu’il s’agit de l’avenir » (A. Allais). En ce début d’automne, les marchés offrent à CyclOpe quelques raisons de fierté, mais aussi une bonne dose d’humilité.

 

             En janvier dernier, les prévisions de CyclOpe tablaient ainsi sur un dollar fort (1.15 en moyenne annuelle sur l’euro) et sur un pétrole raisonnable ($ 60 le baril de Brent). À l’époque, notre prévision monétaire fit sourire les spécialistes qui tous tablaient sur un affaiblissement du dollar : le consensus était alors autour de € 1.25. Le 3 octobre, le dollar/euro était à 1.15 et la moyenne pondérée du dollar était au plus haut. Il est vrai que le spread sur les taux longs entre les États-Unis et l’Europe a atteint les 300 points de base. Un bon point pour CyclOpe.

 

             La logique voulant qu’un dollar fort implique des tensions à la baisse sur les marchés de commodités, CyclOpe était très prudent dans ses perspectives notamment donc en ce qui concerne le pétrole. En raisonnant « à situation politique stable », nous proposions une prévision de $ 60 pour le Brent en moyenne annuelle, ce qui était d’ailleurs à l’époque relativement consensuel. Le 3 octobre, le Brent cotait $ 85.32, le WTI $ 74,76 et à Dubaï, le pétrole d’Oman dépassait allègrement les $ 90 ! Notre prévision était fondée sur la dynamique de la production américaine et de ce point de vue, elle s’est bien vérifiée même si les problèmes logistiques en ont quelque peu bridé la poussée. On aurait pu aussi mieux anticiper la poursuite des chaos vénézuélien et libyen. Mais la décision de Donald Trump de sortir de l’accord nucléaire iranien et d’imposer un nouvel embargo a bien changé la donne. Avant même d’être effectif, l’embargo américain s’est traduit par une baisse des exportations iraniennes de 800 000 bj. L’OPEP+ a certes réagi, mais de manière d’autant plus insuffisante que la Russie a peu de marges de manœuvre et qu’en Arabie Saoudite, il semble que la position du prince héritier, MBS, soit affaiblie du fait de sa trop grande proximité avec les États-Unis et… Israël. Au contraire, la politique américaine risque de renforcer l’aile dure du gouvernement iranien et la possibilité d’une action dans le détroit d’Ormuz ne tient plus de la géopolitique-fiction. Dans ce contexte, l’hypothèse ouvertement discutée du Brent à $ 100 le baril avant la fin de l’année gagne en crédibilité. On est là bien loin de la prévision de CyclOpe de juin dernier ! C’est en tous cas ce que jouent les marchés et à court terme, on ne voit guère ce qui pourrait inverser la tendance.

 

             « Errare humanum est, sed perseverare diabolicum ! » Essayons donc de ne pas trop persévérer, car, à la fin du jour, c’est le marché qui a raison, tant il est la somme des folies des hommes.

 

Philippe Chalmin

 

 

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