Editorial

Octobre 2019

 

         Le marché du pétrole vient de vivre un épisode d’une rare violence, mais qui n’aura été qu’un feu de paille. L’attaque du 14 septembre a fait trembler les marchés et la hausse des prix dans les heures qui ont suivi a tété la plus forte depuis 1991 et l’invasion du Koweït par l’Irak. Sur le papier, la moitié du potentiel saoudien (5 % de la production mondiale) était concerné. De quoi balayer les excédents qui pesaient jusque-là sur le marché. Et puis, la fragilité saoudienne a surpris la plupart des observateurs. Rapidement cependant, les dégâts ont pu être sinon réparés, au moins compensés et la logique des fondamentaux a repris le dessus. Le baril est retombé un peu au-dessus de $ 60 le baril de Brent et même s’il y a désormais fort peu de chances pour que le pétrole iranien revienne sur le marché dans un avenir proche, l’heure est aux excédents à nouveau alors qu’aux alentours d’Halloween les États-Unis devraient redevenir exportateurs nets de pétrole et fiouls liquides : une première depuis les années soixante-dix. Il n’est pas sûr que l’OPEP soit capable d’assurer l’ajustement nécessaire pour maintenir même les cours autour de la barre fatidique des $ 60. Ajoutons d’ailleurs que le marché du gaz naturel que ce soit aux États-Unis ou en Asie pour le GNL est lui aussi fortement baissier.

 

         L’autre grande préoccupation en cette rentrée est l’enlisement du conflit commercial entre les États-Unis et la Chine : quelques gestes de bonne volonté (achats chinois de soja américain, flexibilité américaine vis-à-vis de Huawei) alternent avec de nouvelles menaces comme celle des États-Unis de fermer les marchés boursiers américains aux entreprises chinoises. Les négociations vont reprendre à la mi-octobre et nous continuons à penser qu’une sorte de « paix des braves » pourrait intervenir avant la fin de l’année : les Chinois le souhaitent et sont prêts à faire des efforts et puis Donald Trump vient de trouver un nouveau terrain de jeu.

 

         Le problème est que celui-ci est parfaitement légal puisqu’à partir du 18 octobre, les États-Unis vont pouvoir appliquer des taxes à hauteur de près de $ 7 milliards sur des produits européens. L’OMC, que les États-Unis menacent pourtant de paralysie en refusant toute confirmation de juges à l’ORD, a condamné plusieurs pays européens sur le vieux dossier Airbus qui remonte à 2004. L’Europe sera probablement moins coriace que la Chine et la liste des produits concernés rappellera aux plus anciens une liste assez identique qui avait été publiée il y a vingt ans lorsqu’un panel de l’OMC avait condamné l’UE face aux États-Unis sur le dossier de la viande bovine aux hormones. La présence du roquefort dans cette liste avait provoqué l’action de José Bové et la destruction du Mc Do de Millau. En sera-t-il de même cette fois-ci avec les vignerons bordelais ou bourguignons ? Prochain round à l’OMC dans quelques mois avec un dossier Boeing !

 

         À l’image des marchés de l’énergie, la plupart des commodités ont abordé l’automne sur une tonalité maussade à l’exception de l’or et du palladium. Du fer et des ferrailles au sucre et au café, sur des marchés dérivés tout comme sur des marchés physiques, les baisses de prix sont à peu près générales. Par contre, les marchés du fret maritime ont rebondi de manière spectaculaire : des sanctions américaines à l’encontre d’un armateur de tankers chinois coupable d’avoir chargé du pétrole iranien, des vracquiers bloqués au large de l’Iran et puis surtout la révolution que va représenter, le 1er janvier 2020, l’adoption des nouvelles normes de l’IMO sur les carburants maritimes, tous ces éléments ont joué mettant pour un temps fin à une longue période de frets plutôt déprimés.

 

         Sur fond de ralentissement économique mondial, de diminution des échanges mondiaux et de dollar fort, les perspectives des marchés restent bien médiocres.

 

Philippe Chalmin

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