Editorial

Septembre 2018

 

             Voilà encore un été qui a été riche en péripéties. Comme à l’habitude, autour du 15 août, se sont nouées quelques crises économiques et financières. Cette fois-ci, ce fut le tour de la Turquie puis de l’Argentine. Là-dessus, Donald Trump a ajouté son grain de sel, en particulier en ce qui concerne la Turquie. Mais le cher Donald Trump est sur tous les fronts : avec la Chine, l’heure est aux sanctions réciproques qui affectent le soja américain (mais l’administration américaine a ressuscité la vieille Commodity Credit Corporation pour distribuer des subventions… juste avant les élections de novembre). Avec l’Europe, on ne sait pas très bien à quoi s’est engagé Jean-Claude Juncker pour acheter du soja et du gaz naturel. Avec le Mexique, la stratégie du passage en force face à un partenaire affaibli a réussi, mais tout est bloqué avec le Canada, en particulier sur les questions agricoles, et en particulier, le lait. Avec l’Iran, pas de faiblesses tout comme avec la Russie (quoique…).

 

             Les marchés de commodités sont les premiers touchés de l’acier à la viande porcine, de l’aluminium au soja sans oublier les ferrailles américaines sur la Turquie ou les amandes californiennes vers l’Inde.

 

             Pour le reste, les marchés les plus tendus en cet été 2018 forment une curieuse « liste à la Prévert » : le blé, surtout en Europe où il a passé les € 200 la tonne « grâce » à de mauvaises récoltes dans le nord de l’Europe et dans une moindre mesure en Russie, le charbon, au-delà des $ 120 la tonne (fob Australie) grâce à la demande asiatique tout comme d’ailleurs le gaz naturel ($ 11,50 le mbtu pour le GNL en Asie), le cacao et quelques autres comme l’acier aux États-Unis (merci Trump…). En revanche, la morosité domine pour le sucre et le café tout comme pour la plupart des métaux non ferreux à commencer par le zinc et le cuivre.

 

             Le cas du pétrole mérite d’être traité à part. L’OPEP+ (c’est à dire avec la Russie) a décidé fin juin d’augmenter leur production pour compenser la chute de la production au Venezuela et en Libye tout comme la baisse probable des exportations iraniennes. Le tandem Arabie Saoudite-Russie tient bien les rênes d’un marché qui semble capable d’absorber les barils supplémentaires des États-Unis qui souffrent aussi de lourds problèmes logistiques. Les Saoudiens jouent une fourchette $ 70/$ 80 le baril et semblent capables de la tenir. Mais que de risques du Qatar au Yémen, de l’Iran au Venezuela. Dans ce « grand jeu », les États-Unis ne sont plus que la mouche du coche.

 

             Enfin, en ce temps d’absence totale de quelque gouvernance internationale que ce soit, et à quelques semaines d’une COP24 qui se tiendra à Katowice au cœur de la Pologne charbonnière, la hausse des prix des certificats d’émission de CO2, de carbone, est un signal positif. On est certes loin des $ 50 la tonne, mais c’est un premier pas !

 

             Guerres commerciales, négociations du Brexit, conflits du Proche-Orient, ralentissement européen et incertitudes américaines avec un Donald Trump plus « unbound » que jamais, l’automne s’annonce tendu et passionnant.

 

Philippe Chalmin

 

 

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